lundi 21 septembre 2020

Attypique (avec 2 T) / accès libre / Last Interview Victor Hugo



Elles et Ils sont l'Histoire

Elles et Ils font l'actualité

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@attypique  /  Last interview Victor Hugo  


« La chute des grands hommes 

rend les médiocres et les petits importants »



Victor Hugo, académicien et rebelle, haut dignitaire et exilé, souvent présenté comme le génie universel aux multiples talents a été avant tout un visionnaire précoce. A 12 ans il écrit ses premiers poèmes. 
Royaliste, il publie un essai, « Le dernier jour d'un condamné » (1829) en faveur de l'abolition de la peine de mort qu'un ministre, François Guizot, échoue de peu à faire voter. Sous le règne du "roi-bourgeois" Louis-Philippe 1er, le chef de l'école romantique se mue en notable et pair de France. Il devient républicain sous la IIe République (1848) et en appelle à la création des États-Unis d'Europe quand le continent entre en ébullition. Visionnaire et populaire, incontestablement. Exilé aussi avant de connaître les honneurs. 
Victor Hugo est mort à Paris le 23 Mai 1885 à 83 ans. Plus de 3 millions de personnes ont assisté à ses funérailles. Un écrivain est vivant tant que ses livres continuent à nous parler. En 2020, Victor Hugo est toujours vivant et actuel.
Dans un de ses livres « les Misérables », il livre certaines réflexions à l’image de celle-ci qui éclaire sa vie : "Il vient une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, il faut l'action." en précisant « aujourd’hui, ce qui salit le poète et le philosophe ce n'est pas la pauvreté, c'est la vénalité, ce n'est pas la crotte, c'est la boue ». Victor Hugo toujours dans l'actualité.





Attypique.com: Comment écrivez-vous ? Souhaitez-vous offrir vos  conseils à de jeunes auteurs ?
Victor Hugo : « Accepter dans l'occasion le mot cru, rejeter le mot sale. Éviter ces deux écueils le mot impropre, le mot malpropre. L'adjectif, c'est la graisse du style. Celui-là seul sait écrire qui écrit de telles sorte qu'une fois la chose faite, on n'y peut changer un mot. C'est le style qui fait la durée de l’œuvre et l'immortalité du poète. La belle expression embellit la belle pensée et la conserve; c'est tout à la fois une parure et une armure. Le style sur l'idée, c'est l'émail sur la dent. Admirons les grands maîtres, ne les imitons pas. C'est une mauvaise manière de protéger les lettres que de prendre les lettrés. Ce sont les mots nouveaux, les mots inventés, les mots faits artificiellement qui détruisent le tissu d'une langue. En littérature, le plus sûr moyen d'avoir raison, c'est d'être mort." Chexpire ", quel vilain nom! - On croirait entendre mourir un Auvergnat. »


Attypique.com: Vous n’hésitez pas a inclure de l’argot dans vos romans comme dans « Les Misérables ». Pourquoi ?
Victor Hugo : « L'argot c'est le verbe devenu forçat. L'argot est tout ensemble un phénomène littéraire et un résultat social ... La misère a inventé une langue de combat qui est l'argot. L'argot, c'est la langue des ténébreux. Si certains de mes personnages le sont, il est normal que je les fasse parler de cette manière. »


Attypique.com: Que représente le théâtre pour un auteur tel que Vous ?
Victor Hugo : « Il y a deux manières de passionner la foule au théâtre: par le grand et par le vrai. Le grand prend les masses, le vrai saisit l'individu. Je ne reconnais pour grand écrivain que celui qui a telle page qui est comme son visage et telle autre page qui est comme son âme. »

Attypique.com: Vous dessinez beaucoup. Que représente l’art à vos yeux ?
Victor Hugo : « L'art, c'est la création propre à l'homme. L'art est le produit nécessaire comme la nature est le produit nécessaire et fatal d'une intelligence finie. L'art est à l'homme ce que la nature est à Dieu. L'art, c'est le reflet que renvoie l'âme humaine éblouie de la splendeur du beau. L'art, c'est le relief du beau au-dessus du genre humain ».


Attypique.com: Vous avez été un homme politique réellement engagé voire exilé. Que vouliez-vous réformer en vous engageant en politique? Une certaine idée de la Liberté et de la Justice ?
Victor Hugo : « Monsieur, j'ai pour principe, écoutez bien cela, d'admirer l'admirable et de m'en tenir là. Qu'appelez-vous justice ? Qu'on s’entraide, qu'on soit des frères, qu'on vêtisse ceux qui sont nus, qu'on donne à tous le pain sacré, qu'on brise l'affreux bagne où le pauvre est muré. Or, aujourd’hui, ce qui salit le poète et le philosophe, ce n'est pas la pauvreté, c'est la vénalité, ce n'est pas la crotte, c'est la boue. C'est l'extirpation du faux goût qui, depuis près de trois siècles, substituant sans cesse les conventions de l'école à toutes les réalités, a vicié tant de beaux génies. Ne l’oublions pas : la liberté commence où l'ignorance finit. Il y a une divinité horrible, tragique, exécrable, païenne. Cette divinité s'appelait Moloch chez les hébreux et Teutatès chez les celtes; elle s'appelle à présent la peine de mort. Je suis de mon siècle et je l'aime! ».


Attypique.com: Quelles voies avez-vous voulu privilégier pour aider les plus faibles ?
Victor Hugo : « Un peu d’histoire pour atteindre l’essentiel : Avant l'imprimerie, la Réforme n'eût été qu'un schisme, l'imprimerie l'a faite révolution. Ôtez la presse, l'hérésie est énervée. Que ce soit fatal ou providentiel, Gutemberg est le précurseur de Luther. Il faudrait faire pénétrer de toutes parts la lumière dans l'esprit du peuple: car c'est par les ténèbres qu'on le perd. Ceux qui vivent sont ceux qui luttent. Osons le dire : la guerre, c'est la guerre des hommes, la paix c'est la guerre des idées. Il ne peut y avoir rien que de factice, d'artificiel et de plâtré dans un ordre de choses où les inégalités sociales contrarient les inégalités naturelles. Je disais hier à Ch. Dupin: - M. Guizot est personnellement incorruptible et il gouverne par la corruption. Il me fait l'effet d'une femme honnête qui tiendrait un bordel ».





Attypique.com: La plupart de vos récits décrivent la réalité d'une misère grandissante notamment dans certains faubourgs de Paris. Lorsque le  parlementaire Hugo aborde ce sujet à la tribune de l'assemblée nationale, celle-ci se montre moins sensible à son discours qu'a ses livres. D’où le divorce politique entre Vous et la parti "de l'ordre". Vous confirmez ?  

Victor Hugo : « Oui, l'accueil de ma déclaration à l'Assemblée Nationale sur ma volonté de détruire la misère fut froid en effet (juin 1849). Pourtant je dis que la société doit dépenser toute sa sollicitude, toute son intelligence , toute sa volonté pour que de tels faits (liés à la misère) ne soient pas. Je dis que de tels faits , quand ils existent dans un pays civilisé , engagent la conscience de la société toute entière, que je m'en sens moi qui parle, solidaire et complice, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l'homme que ce sont des crimes envers Dieu ». 





Attypique.com: Pensez-vous que l’Europe politique existera un jour ?
Victor Hugo : « Le scepticisme est la carie de l'intelligence. Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne ! Amis, la persécution et la douleur c'est aujourd'hui ; les États-Unis d'Europe, les Peuples-Frères c'est demain... Au vingtième siècle, il y aura une nation extraordinaire... Elle sera illustre, riche, puissante, pacifique, cordiale au reste de l'humanité. Elle aura la gravité douce d'une amie... elle aura quelque peine à faire la différence entre un général d'armée et un boucher... Elle s'appellera l'Europe et aux siècles suivants, plus transfigurée encore, l'Humanité ».


Attypique.com: Vous avez connu la vie d’un exilé pour des raisons politiques. Comment avez-vous vécu cette période de censure ?
Victor Hugo : « Bonté de l'exil. - Voltaire est plus Voltaire à Ferney qu'à Paris. Danton fut l'action dont Mirabeau avait été la parole. J’en ai la conviction : l'encrier brisera les canons. Devant la conscience, être capable, c'est être coupable. La censure est mon ennemie littéraire, la censure est mon ennemie politique. La censure est de droit improbe, malhonnête et déloyale. J'accuse la censure. La chute des grands hommes rend les médiocres et les petits importants. Quand le soleil décline à l'horizon, le moindre caillou fait une grande ombre et se croit quelque chose. L'exil est une espèce de longue insomnie. L'exil, c'est aussi la nudité du droit. »


Attypique.com: Croyez-vous a une puissance surnaturelle qui dépasserai l’humain ou pensez vous que l’homme lui même renferme du divin ?
Victor Hugo : « Je ne puis regarder une feuille d'arbre sans être écrasé par l'univers. Dieu est derrière tout, mais tout cache Dieu. Dieu, c'est la raison ; Dieu, c'est l'amour ; Dieu, c'est l'être; C'est le devoir de vivre après le droit de naître. A la chose la plus hideuse mêlez une idée religieuse, elle deviendra sainte et pure. Infini et éternel, ce sont là les deux aspects de Dieu. L'homme ne sera adulte que le jour où son cerveau pourra contenir dans sa plénitude et dans sa simplicité la notion divine. Attachez Dieu au gibet, vous avez la croix. Lorsqu’on jette un regard sur la création, une sorte de musique mystérieuse apparaît sous cette géométrie splendide; la nature est une symphonie; tout y est cadence et mesure; et l'on pourrait presque dire que Dieu a fait le monde en vers. Tout crépuscule est double, aurore et soir. Cette formidable chrysalide qu'on appelle l'univers trésaille éternellement de sentir à la fois agoniser la chenille et s'éveiller le papillon. Car le mot, c'est le Verbe, et le Verbe, c'est Dieu.»


Attypique.com: Victor Hugo et les femmes, c’est une histoire dense, parfois compliquée, ardente, passionnée, forcément emprunte de romantisme. A l'automne de sa vie, comment a aimé ou aime encore le poète Hugo ?
Victor Hugo : « Aimer, c'est savoir dire je t'aime sans parler. L'Amour participe de l'âme même. Il est de même nature qu'elle. Comme elle il est étincelle divine; comme elle il est incorruptible, indivisible, impérissable. C'est un point de feu qui est en nous, qui est immortel et infini, que rien ne peut éteindre. A vingt ans, on est plus amoureux qu'autre chose; à soixante on est plus autre chose qu'amoureux. Aimer quelqu'un, c'est lui donner de l'importance à ses propres yeux, l'aider à croire en lui même. Aimer, c'est savourer, au bras d'un être cher, - La quantité de ciel que Dieu mit dans la chair... J’ajoute qu’a Aucune grâce extérieure n'est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. Ce génie particulier de la femme qui comprend l'homme mieux que l'homme ne se comprend. La femme a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force et de l'apparence de la faiblesse. Dans la bouche d'une femme, non n'est que le frère aîné de oui. Je pense des femmes comme Vauban, des citadelles. Toutes sont faites pour êtres prises. Toute la question est dans le nombre des jours du siège. Une jolie femme est un casus belli ; une jolie femme est un flagrant délit. En amour, tel mot, dit tout bas, est un mystérieux baiser de l'âme à l'âme. L'amour, panique de la raison, se communique par le frisson. Je lègue au pays, non ma cendre, - Mais mon bifteck, morceau de roi. - Femmes, si vous mangez de moi, - Vous verrez comme je suis tendre... »


Attypique.com: Finalement, au regard de votre œuvre, c’est toujours l’humain et ses secrets qui constituent l’axe essentiel. Comment l’homme peut-il s’élever voire se dépasser ? Par la raison ou par le rêve ? 
Victor Hugo : « La raison, c'est l'intelligence en exercice ; l'imagination, c'est l'intelligence en érection. La grandeur se compose de deux éléments qui sont l'essence même du génie: deviner et oser. Se donner à ce qui sera malgré la résistance de ce qui est. L'instinct, c'est l'âme à quatre pattes; la pensée c'est l'esprit debout. Dans les temps anciens, il y avait des ânes que la rencontre d'un ange faisait parler. De nos jours, il y a des hommes que la rencontre d'un génie fait braire. Dans tout fanfaron il y a un fuyard. De quelque mot profond tout homme est le disciple. Depuis l'origine des choses jusqu'au quinzième siècle de l'ère chrétienne inclusivement, l'architecture est le grand-livre de l'humanité, l'expression principale de l'homme à ses divers états de développement, soit comme force, soit comme intelligence. Deux choses font la fleur: la graine et le rayon de soleil. Deux choses font le grand homme: le génie et l'occasion. Dieu a fait un nœud que l'homme cherche à dénouer avec deux mains: la philosophie et la Science. Donc, je marche vivant dans mon rêve étoilé! Élevez-vous. Élargissez votre horizon. Quittez l'argile, la fange, le ventre, l'intérêt, l'appétit, la passion, l'égoïsme, la pesanteur. Allez à la lumière. Devenez une grande âme. Passez du géocentrique à l'héliocentrique. »

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janvier 2020 / Un poème inédit de Victor Hugo retrouvé dans sa ville natale: 
https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/doubs-un-poeme-inedit-de-victor-hugo-retrouve-a-besancon_3791419.html


 Les trois "bio" consultées par la rédaction: 




Sandrine Fillipetti, Victor Hugo, Folio, 2011, 353 p.


Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo. Tome I : Avant l’exil, 1802-1851, Fayard, 2001. 1337 p. Tome I : Pendant l’exil, 1851-1864, Fayard, 2008, 1285 p

Hubert Juin, Victor Hugo, Flammarion, 1980-1986. 3 vol. 882 p.


Les trois liens recommandés par la rédaction:

http://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/fr/victor-hugo/biographie-de-victor-hugo

http://www.juliettedrouet.org/lettres/#.Xh9GMchA5eU








Attypique (avec 2 T) / accès libre / Last Interview Wolfgang Amadeus Mozart



Elles et Ils sont dans l'Histoire

Elles et Ils font l'actualité

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Mozart ? un génie européen forcément libre 







Si la vitesse est partout au 21éme siècle, au 18éme, celui de Mozart, elle est incontestablement logée dans la tête et le corps d’un enfant prodige admiré à 6 ans par toutes les cours d’Europe. Original, contestataire, atypique, c’est aussi cela Mozart. Il n’ira jamais à l’école. Son père sera son unique pédagogue. Qui, de nos jours, composerait un concerto à 5 ans, une symphonie à 7 ans et tout un opéra a 12 ans ? Aucun artiste contemporain n'est à même de composer plus de 650 œuvres, soit plus de 200 heures de musiques, soit 180 cd et… une pile d'environ 3 m 20 ! Autre facette de Mozart relativement méconnue: il passe régulièrement de l allemand au français et du français à l'italien (ce qui lui permet d'échanger entre autres avec Casanova à ...Prague* comme le souligne Philippe Sollers un de ses nombreux biographes). 

A 6 ans, Mozart, « Trazom » Wolgang s'amusait à parler "à l'envers". Mais il n'inversait pas simplement les syllabes, il inversait l'ordre des lettres. Il s’amuse a signer sa colossale correspondance de 7 volumes souvent de cette manière (voir notre sélection de notes de lecture en fin de Last Interview). Toujours à 6 ans, il a déjà composé plusieurs cantates et fugues.

Mozart compositeur précoce. Mozart polyglotte. Mozart passionné de mathématiques (lettre du 14 avril 1770). Mozart virtuose mais surtout Mozart épris de liberté face a une adolescence... contraignante. Promener ou plus exactement imposer en Europe par son Père auprès des Princes, Papes et autres Rois, l’enfant prodige, ni noble ni bourgeois, se construit vite une réputation d’enfant atypique. Inimitable, unique, intuitif, évidemment hypersensible, il comprend rapidement à l’adolescence que tout reste à jouer, qu’il ne peut pas se reposer sur les œuvres d’une « enfance de génie ». C’est un des traits de cette intelligence hors norme mais fragile. Une intelligence portée par un caractère indépendant de la trempe d’un Giordano Bruno brûlé en place publique à Rome en 1600 sans rien renier de ses écrits (lire la Last Interview d’Attypique à ce sujet).

En 1764, dans sa neuvième année, son père Léopold, excellent pédagogue, directeur RH et « directeur marketing » avant l’heure de la « star », note chez son fils Wolfgang Amadeus : « il a toujours maintenant un opéra en tête. Ça n’arrive qu’une fois par siècle ce type de personnalité ».

Personnages, situations, rien n’impressionne l’enfant qui s’imagine déjà capable de maîtriser un opéra tout comme reproduire de mémoire une symphonie (lire l’anecdote en fin de Last Interview).

Mozart, vraisemblablement doté de l’oreille absolue de naissance sait quand il entend un son de quelle note il s’agit. Une note qu’il mémorise aussitôt. Le compositeur précoce entend les sons qu’il doit exprimer. Un avantage naturel évident. Il impressionne a tel point qu’un magistrat anglais, Daines Barrington, examine cette personnalité atypique. Conclusions : « il a un très grand sens de la modulation, une grande maîtrise des doigtés, et passe d’un ton à un autre avec un extraordinaire naturel. Il peut jouer longtemps pendant qu’un drap cache le clavier… ».

Passionné, rebelle, direct, sans doute conscient de ses dons, Amadeus n’apprécie pas toujours le regard des adultes notamment des nobles sur lui. Mozart les rencontre. Il voyage. L’enfant est amené par son Père dans les plus grandes cours d’Europe. Mozart parle et écrit avec facilité l’italien, le français, l’anglais et l’allemand. N’oublions pas ses connaissances en grec et en latin, qui lui permettent également de traduire un texte avec aisance semble t-il. L’immense culture de ce musicien exceptionnel reste trop souvent oubliée par certains de ses biographes.

A 15 ans, Mozart sait que l’enfant prodige connu dans toute l’Europe constitue finalement plus un handicap qu’un avantage pour son avenir. Il a conscience qu’il doit repartir à zéro pour bâtir sa vie d’artiste adulte. L’adolescent possède les bases pour y parvenir. Reste la méthode et…le temps. Étouffé par le Prince-archevêque de Salzbourg, Mozart avec la complicité de son père, se pose très tôt une question essentielle : comment imposer son talent d’artiste « libre » mais « dépendant » au sein d’une Europe orchestrée par les princes de l’église et la noblesse des cours ? L’une des clés, c’est le travail et les concerts. Son père Léopold l’aidera et le poussera au travail toute sa courte vie. Son œuvre demeure immense : 41 symphonies, 22 opéras, 18 messes… Paradoxalement, le plus joué des compositeurs reste un mystère avec une musique qu'on ne cesse de redécouvrir, fraîche, pure. Belle.

Léopold Mozart, excellent musicien, auteur de nombreux concertos, trios, oratorios, sonates et autres symphonies, publie un livre devenu célèbre à l’époque : « Essai d’une méthode approfondie du violon ». Durant les 20 premières années de sa vie, son père qui se veut aussi son ami et son « coach », l’encadrera constamment en le faisant travailler sans relâche. De ce cadre, l’enfant cherchera toujours des espaces de liberté. Par les notes mais aussi par les mots et les attitudes.



Certains biographes créditent son tempérament de vulgaire. Pas sûr. Scatologique, sûrement. Provocateur ; évidemment. Une fois encore, il faut retrouver l’ambiance et les codes de l’époque. Certes si les lettres de Mozart apparaissent très libres, elles ne choquaient pas dans son siècle. Témoin cet échange entre deux aristocrates avec cet extrait d’une lettre de la duchesse d’Orléans, écrite à l’électrice du Hanovre :

« Vous êtes bien heureuse d’aller chier quand vous voulez ; chiez donc tout votre chien de soûl. Nous n’en sommes pas de même ici, je suis obligée de garder mon étron pour le soir… » (suivent trois pages sur le même sujet intestinal).

Autrement dit, la duchesse d’Orléans doit se retenir toute la journée pour satisfaire un besoin naturel. Mais l’époque permet toutes considérations digestives ; on ne montre pas ses chevilles ni ses mollets, mais on parle de chier comme de boire. Mozart aussi. Et que répond l’électrice de Hanovre ? : « C’est un plaisant raisonnement de merde que celui que vous faites sur le sujet de chier… ».


Revenons à la musique de ce magicien des sons. Toute sa courte vie, ce génie rebelle va chercher sa liberté pour imposer sa musique, quitte à s’opposer à son père plus conciliant car soucieux d’assurer une aisance matérielle à sa famille. En 1775, après la première représentation de l’opéra bouffe « La Finta Giardiniera » le critique Schubart écrit dans la Deutsche Chronik : « si Mozart n’est pas une plante de serre, il deviendra l’un des plus grands compositeurs qui aient jamais vécu. » Idem pour Grimm, personnalité incontournable du Paris artistique de l’époque qui encense Mozart enfant dans sa « Correspondance littéraire, philosophique et critique » avant de le rabaisser lors de sa seconde visite à Paris. Avis partagé également par padre Martini, le grand musicologue du 18éme siècle. Mais Mozart adulte n’est plus Mozart enfant. Moins d’indulgence de la part des critiques pour « l’ex enfant prodige ». Les contemporains de Mozart, mis à part Haydn, trouvaient sa musique trop sérieuse, et les romantiques la trouvaient trop superficielle par exemple. Mozart s’en moque.Il va rebondir, imposer son génie et se battre pour son indépendance. Baudelaire cité par Philippe Sollers (1) écrivait de lui : «chaque note se transforme en mot ».  


Mozart c’est aussi l’humour, l’insolence, son ton …atypique comme le prouve cette anecdote Après la première représentation du singspiel L'enlèvement au sérail en 1782 à Vienne, une phrase de l'empereur Joseph II est restée très célèbre : « Une musique formidable mon cher Mozart, mais il y a cependant quelque chose... Il y a je pense trop de notes dans cette partition ! ».Sur quoi, Mozart répondit : " mais quelles notes voulez-vous donc que j'enlève ? ", ce qui laissa quelque peu l'empereur dans l'embarras...

Le lendemain de la mort de son père, il écrit la fameuse petite musique de nuit, moins légère qu’elle n’en a l’air. Mozart est le premier musicien qui se libère de son employeur et protecteur (Colloredo), d’archevêques et de Princes. Peu de temps avant la révolution françaises, il se revendique comme artiste libre et défend totalement son art qui reste la première de ses priorités. Il tient en horreur les étiquettes telles que celles attribuées aux classes sociales. Les « Noces de Figaro » sont alors la méthode qu’il choisit pour dénoncer les injustices qui le dérangent et l’on souvent humilié. Mozart est le premier compositeur révolutionnaire, avant même Beethoven. Humaniste et lecteur de Kant, Goethe… Mozart ne se montre pas hostile aux idées nouvelles et révolutionnaires qui se propagent alors. Lui qui ne voulait pas être traité comme un valet, dénonce par exemple et c’est un fait rare la condition féminine de l’époque. Au sein de sa loge maçonnique non mixte il déplore l’absence des femmes : « la moitié de l’humanité ».

Plus de deux siècles plus tard, la musique de Mozart est partout, mais lui nulle part.

La fin le surprend lorsqu’il compose son Requiem. Obèse selon certains de ses biographes et criblé de dettes (c’est une certitude), il meurt à 35 ans, en 1791 d’une complication rénale ayant résulté d’une infection avec un streptocoque selon les dernières études. Ses restes ont été confiés à une fosse communautaire avec 10 personnes au total (et non fosse commune). " Son dernier souffle fut comme s'il voulait avec la bouche, imiter les timbales de son requiem, je l'entends encore. " écrit alors Sophie Haibel, belle-sœur de Mozart.

Jean Philippe @attypique


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Attypique.com : Quand avez-vous compris que vous étiez fait pour composer ?


Wolfgang Amadeus Mozart : «Très jeune.  »





En observant vos partitions, on note l’absence totale de ratures, de pages biffées, brouillonnées… Tout est anticipé lorsque vous composez ?


Wolfgang Amadeus Mozart : « Quand vous connaissez l art de la composition avec maîtrise l’harmonie suit d’elle même comme si un Tout se présentait totalement achevé quand je commence a écrire mes premières lignes. Il faut entendre les notes et pas seulement les écrire et les lire »







Dans une de vos lettre issue de votre importante correspondance (2) vous livrez votre préférence pour une de vos œuvres…


Wolfgang Amadeus Mozart : « Je sais, oui, le quintette pour piano et instruments à vent en mi bémol majeur K.452, la meilleure œuvre que j’ai composée de ma vie »




Attypique.com : Votre musique est elle mystérieuse ?

Wolfgang Amadeus Mozart : « Je cherche les notes qui s'aiment. La lumière est devenue un matériau majeur de mon œuvre. Crat Repoa, le clergé secret des initiés fondé par Menès a résonné dans ma musique. La flûte enchantée mal traduite en français devrait réellement se nommée flûte magique, elle renferme secrets initiatiques et épreuves. ”



Attypique.com : Quelles voies avez-vous voulu privilégier pour votre musique ?

Wolfgang Amadeus Mozart : « L’opéra, le théâtre des passions de l’homme se retrouvent dans les souffrances et les sentiments des vies »




Attypique.com : Que représentent vos « tournées » auprès des plus grandes cours d’Europe qui vous qualifiaient enfant de « génie » ?

Wolfgang Amadeus Mozart : « Tout le monde parle et personne n’écoute… Le vrai génie sans cœur est un non-sens. Car ni intelligence élevée, ni imagination, ni toutes deux ensemble ne font le génie. Amour ! Amour ! Amour ! Voilà l'âme du génie. »



Attypique.com : Quelle part prend la religion dans votre vie ?

Wolfgang Amadeus Mozart : « J’ai toujours Dieu devant les yeux, je reconnais sa puissance et sa colère »



Attypique.com : Vos lettres font appel à une écriture très libre avec un…

Wolfgang Amadeus Mozart : « Vocabulaire de cul, c’est vrai.. »



Attypique.com : Votre musique, dans son ensemble nous élève et nous fait ressentir plus de légèreté et de liberté. Dans votre vie personnelle, la liberté apparaît toujours en filigrane ; vous avez été le premier musicien a mettre votre art au dessus d’une vie matérielle due au mécénat. En vous « mettant a votre compte » en quelque sorte, vous rompez avec toute une tradition de compositeurs Bach, Haydn… dépendants de riches protecteurs. Quel sens accordez vous au mot liberté ?

Wolfgang Amadeus Mozart : « Ils s’imaginent parce que je suis petit et jeune qu’il ne peut rien exister en moi de grand et de mûr. Notre richesse nous l’avons dans la tête et celle là aucun homme ne peut nous la prendre (contrairement à la richesse des nobles) » (lettre 278 / 1778) J’ai écrit dans une correspondance datée du 9 mai 1781 alors que je démissionnais de mon poste chez le souverain de Salzbourg « aujourd’hui commence mon bonheur » en précisant à mon mécène « et Moi non plus je ne veux plus rien avoir a faire avec Vous ». J’ai même confirmé dans une courte lettre le 12 mai 1781 « si je pouvais obtenir 2000 florins au service de l'archevêque de Salzbourg (que je quittais) et 1000 seulement dans un autre lieu j’irai pourtant dans cet autre lieu ». « J’appartiens trop à d’autres personneset trop peu à moi-même. Et que ce ne soit pas là mon genre de vie favori, je n ai vraiment pas besoin de vous le dire ».



Attypique.com : Lors d’un concert donné à Paris, vous vous en prenez au public qui ne vous comprend pas assez selon Vous ?

Wolfgang Amadeus Mozart : « Ce qui me fait le plus de peine ici, c’est que ces dadais de Français s’imaginent que j’ai encore sept ans parce qu’ils m’ont connu à cet âge-là. On me traite ici exactement comme un débutant – excepté les musiciens qui, eux, pensent autrement. » 


Attypique.com : Vous avez aimé, que représente le mariage pour Vous ?

Wolfgang Amadeus Mozart : « Les nobles ne peuvent se marier par goût ou par amour, mais uniquement par intérêt, et toutes sortes d’autres considérations. Moi c’est différent avec Constance »


Et l’amitié. En 1784, vous rencontrez Haydn  autre immense compositeur que vous appelez ...

Wolfgang Amadeus Mozart : « Papa Haydn ! Lui seul a le secret de me faire rire et de me toucher au plus profond de mon âme »

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Notes de lecture la sélection d’Attypique : lecture, essais, correspondances, liens, films...


Wolfgang Amadeus Mozart, Correspondance, édition de la Fondation Internationale Mozarteum, réunie et annotée par A. Bauer, O. Deutsch et J. Eibl, trad. par Geneviève Geffray. Flammarion, Paris, 1986-1999, 7 vol. ISBN 2-08-067782-9 (édition complète, sous coffret).



Jean et Brigitte Massin, Mozart, Fayard, coll. Les Indispensables de la musique, Paris, 1990



* « Mystérieux Mozart » (Folio 3845) Philippe Sollers





Gilles Cantagrel, correspondant de l’Académie des beaux-arts 2006, ancien directeur de France Musique, a publié en 2005, "Les plus beaux manuscrits de Mozart" aux Éditions La Martinière.





Liens : bio, musique, ville natale





Cinéma 10 films sur Mozart :



Mozart, l’anecdote incontournable :

Mozart a 14 ans est emmené à la chapelle Sixtine à Rome pour assister alors aux matines, lors de la semaine Sainte au Vatican. A l’époque c est l’unique occasion d’entendre le "Misere" d’Allegri.

Cette œuvre, le Vatican souhaite la conserver secrètement. Seuls les choristes ont accès à la partition. Toute tentative de retranscription sur une autre partition était alors punie d’excommunication.

Mozart atypique et libre n’en a cure. Via son oreille absolue et son exceptionnelle mémoire auditive, il réécrit l’œuvre quelques heures plus tard chez lui. Il retourne une seconde fois réécouté le Misere et fixe définitivement sa composition.

Le « Miserere » obtenu fut publié en 1771 à Londres et l’interdiction papale levée.

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