dimanche 12 janvier 2020

Attypique / Last Interview Victor Hugo














@attypique  /  Last interview Victor Hugo : 


« Désobéir c'est chercher. Ceux qui vivent sont ceux qui luttent »




Victor Hugo, académicien et rebelle, haut dignitaire et exilé, souvent présenté comme le génie universel aux multiples talents a été avant tout un visionnaire précoce. A 12 ans il écrit ses premiers poèmes. 
Royaliste, il publie un essai, « Le dernier jour d'un condamné » (1829) en faveur de l'abolition de la peine de mort qu'un ministre, François Guizot, échoue de peu à faire voter. Sous le règne du "roi-bourgeois" Louis-Philippe 1er, le chef de l'école romantique se mue en notable et pair de France. Il devient républicain sous la IIe République (1848) et en appelle à la création des États-Unis d'Europe quand le continent entre en ébullition. Visionnaire et populaire, incontestablement. Exilé aussi avant de connaître les honneurs. 
Victor Hugo est mort à Paris le 23 Mai 1885 à 83 ans. Plus de 3 millions de personnes ont assisté à ses funérailles. Un écrivain est vivant tant que ses livres continuent à nous parler. En 2020, Victor Hugo est toujours vivant et actuel.
Dans un de ses livres « les Misérables », il livre certaines réflexions à l’image de celle-ci qui éclaire sa vie : "Il vient une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, il faut l'action." en précisant « aujourd’hui, ce qui salit le poète et le philosophe ce n'est pas la pauvreté, c'est la vénalité, ce n'est pas la crotte, c'est la boue ». Victor Hugo toujours dans l'actualité.





Attypique.com: Comment écrivez-vous ? Souhaitez-vous offrir vos  conseils à de jeunes auteurs ?
Victor Hugo : « Accepter dans l'occasion le mot cru, rejeter le mot sale. Éviter ces deux écueils le mot impropre, le mot malpropre. L'adjectif, c'est la graisse du style. Celui-là seul sait écrire qui écrit de telles sorte qu'une fois la chose faite, on n'y peut changer un mot. C'est le style qui fait la durée de l’œuvre et l'immortalité du poète. La belle expression embellit la belle pensée et la conserve; c'est tout à la fois une parure et une armure. Le style sur l'idée, c'est l'émail sur la dent. Admirons les grands maîtres, ne les imitons pas. C'est une mauvaise manière de protéger les lettres que de prendre les lettrés. Ce sont les mots nouveaux, les mots inventés, les mots faits artificiellement qui détruisent le tissu d'une langue. En littérature, le plus sûr moyen d'avoir raison, c'est d'être mort." Chexpire ", quel vilain nom! - On croirait entendre mourir un Auvergnat. »

Attypique.com: Vous n’hésitez pas a inclure de l’argot dans vos romans comme dans « Les Misérables ». Pourquoi ?
Victor Hugo : « L'argot c'est le verbe devenu forçat. L'argot est tout ensemble un phénomène littéraire et un résultat social ... La misère a inventé une langue de combat qui est l'argot. L'argot, c'est la langue des ténébreux. Si certains de mes personnages le sont, il est normal que je les fasse parler de cette manière. »

Attypique.com: Que représente le théâtre pour Vous ?
Victor Hugo : « Il y a deux manières de passionner la foule au théâtre: par le grand et par le vrai. Le grand prend les masses, le vrai saisit l'individu. Je ne reconnais pour grand écrivain que celui qui a telle page qui est comme son visage et telle autre page qui est comme son âme. »

Attypique.com: Vous dessinez beaucoup. Que représente l’art à vos yeux ?
Victor Hugo : « L'art, c'est la création propre à l'homme. L'art est le produit nécessaire comme la nature est le produit nécessaire et fatal d'une intelligence finie. L'art est à l'homme ce que la nature est à Dieu. L'art, c'est le reflet que renvoie l'âme humaine éblouie de la splendeur du beau. L'art, c'est le relief du beau au-dessus du genre humain. »

Attypique.com: Vous avez été un homme politique réellement engagé voire exilé. Que vouliez-vous réformer en vous engageant en politique? Une certaine idée de la Liberté et de la Justice ?
Victor Hugo : « Monsieur, j'ai pour principe, écoutez bien cela, d'admirer l'admirable et de m'en tenir là. Qu'appelez-vous justice ? Qu'on s’entraide, qu'on soit des frères, qu'on vêtisse ceux qui sont nus, qu'on donne à tous le pain sacré, qu'on brise l'affreux bagne où le pauvre est muré. Or, aujourd’hui, ce qui salit le poète et le philosophe, ce n'est pas la pauvreté, c'est la vénalité, ce n'est pas la crotte, c'est la boue. C'est l'extirpation du faux goût qui, depuis près de trois siècles, substituant sans cesse les conventions de l'école à toutes les réalités, a vicié tant de beaux génies. Ne l’oublions pas : la liberté commence où l'ignorance finit. Il y a une divinité horrible, tragique, exécrable, païenne. Cette divinité s'appelait Moloch chez les hébreux et Teutatès chez les celtes; elle s'appelle à présent la peine de mort. Je suis de mon siècle et je l'aime!”

Attypique.com: Quelles voies avez-vous voulu privilégier pour aider les plus faibles ?
Victor Hugo : « Un peu d’histoire pour atteindre l’essentiel : Avant l'imprimerie, la Réforme n'eût été qu'un schisme, l'imprimerie l'a faite révolution. Ôtez la presse, l'hérésie est énervée. Que ce soit fatal ou providentiel, Gutemberg est le précurseur de Luther. Il faudrait faire pénétrer de toutes parts la lumière dans l'esprit du peuple: car c'est par les ténèbres qu'on le perd. Ceux qui vivent sont ceux qui luttent. Osons le dire : la guerre, c'est la guerre des hommes, la paix c'est la guerre des idées. Il ne peut y avoir rien que de factice, d'artificiel et de plâtré dans un ordre de choses où les inégalités sociales contrarient les inégalités naturelles. Je disais hier à Ch. Dupin: - M. Guizot est personnellement incorruptible et il gouverne par la corruption. Il me fait l'effet d'une femme honnête qui tiendrait un bordel. »

Attypique.com: Pensez-vous que l’Europe politique existera un jour ?
Victor Hugo : «Le scepticisme est la carie de l'intelligence. Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne ! Amis, la persécution et la douleur c'est aujourd'hui ; les États-Unis d'Europe, les Peuples-Frères c'est demain... Au vingtième siècle, il y aura une nation extraordinaire... Elle sera illustre, riche, puissante, pacifique, cordiale au reste de l'humanité. Elle aura la gravité douce d'une amie... elle aura quelque peine à faire la différence entre un général d'armée et un boucher... Elle s'appellera l'Europe et aux siècles suivants, plus transfigurée encore, l'Humanité ».


Attypique.com: Vous avez connu la vie d’un exilé pour des raisons politiques. Comment avez-vous vécu cette période de censure ?
Victor Hugo : « Bonté de l'exil. - Voltaire est plus Voltaire à Ferney qu'à Paris. Danton fut l'action dont Mirabeau avait été la parole. J’en ai la conviction : l'encrier brisera les canons. Devant la conscience, être capable, c'est être coupable. La censure est mon ennemie littéraire, la censure est mon ennemie politique. La censure est de droit improbe, malhonnête et déloyale. J'accuse la censure. La chute des grands hommes rend les médiocres et les petits importants. Quand le soleil décline à l'horizon, le moindre caillou fait une grande ombre et se croit quelque chose. L'exil est une espèce de longue insomnie. L'exil, c'est aussi la nudité du droit. »

Attypique.com: Croyez-vous a une puissance surnaturelle qui dépasserai l’humain ou pensez vous que l’homme lui même renferme du divin ?
Victor Hugo : « Je ne puis regarder une feuille d'arbre sans être écrasé par l'univers. Dieu est derrière tout, mais tout cache Dieu. Dieu, c'est la raison ; Dieu, c'est l'amour ; Dieu, c'est l'être; C'est le devoir de vivre après le droit de naître. A la chose la plus hideuse mêlez une idée religieuse, elle deviendra sainte et pure. Infini et éternel, ce sont là les deux aspects de Dieu. L'homme ne sera adulte que le jour où son cerveau pourra contenir dans sa plénitude et dans sa simplicité la notion divine. Attachez Dieu au gibet, vous avez la croix. Lorsqu’on jette un regard sur la création, une sorte de musique mystérieuse apparaît sous cette géométrie splendide; la nature est une symphonie; tout y est cadence et mesure; et l'on pourrait presque dire que Dieu a fait le monde en vers. Tout crépuscule est double, aurore et soir. Cette formidable chrysalide qu'on appelle l'univers trésaille éternellement de sentir à la fois agoniser la chenille et s'éveiller le papillon. Car le mot, c'est le Verbe, et le Verbe, c'est Dieu.»

Attypique.com: Victor Hugo et les femmes, c’est une histoire compliquée, ardente, passionnée, forcément emprunte de romantisme. A l'automne de sa vie, comment a aimé ou aime encore le poète Hugo ?
Victor Hugo : « L'Amour participe de l'âme même. Il est de même nature qu'elle. Comme elle il est étincelle divine; comme elle il est incorruptible, indivisible, impérissable. C'est un point de feu qui est en nous, qui est immortel et infini, que rien ne peut éteindre. A vingt ans, on est plus amoureux qu'autre chose; à soixante on est plus autre chose qu'amoureux. Aimer quelqu'un, c'est lui donner de l'importance à ses propres yeux, l'aider à croire en lui même. Aimer, c'est savourer, au bras d'un être cher, - La quantité de ciel que Dieu mit dans la chair... J’ajoute qu’a Aucune grâce extérieure n'est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. Ce génie particulier de la femme qui comprend l'homme mieux que l'homme ne se comprend. La femme a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force et de l'apparence de la faiblesse. Dans la bouche d'une femme, non n'est que le frère aîné de oui. Je pense des femmes comme Vauban, des citadelles. Toutes sont faites pour êtres prises. Toute la question est dans le nombre des jours du siège. Une jolie femme est un casus belli ; une jolie femme est un flagrant délit. En amour, tel mot, dit tout bas, est un mystérieux baiser de l'âme à l'âme. L'amour, panique de la raison, se communique par le frisson. Je lègue au pays, non ma cendre, - Mais mon bifteck, morceau de roi. - Femmes, si vous mangez de moi, - Vous verrez comme je suis tendre... »

Attypique.com: Finalement, au regard de votre œuvre, c’est toujours l’humain et ses secrets qui constituent l’axe essentiel. Comment l’homme peut-il s’élever voire se dépasser ?
Victor Hugo : « La grandeur se compose de deux éléments qui sont l'essence même du génie: deviner et oser. Se donner à ce qui sera malgré la résistance de ce qui est. L'instinct, c'est l'âme à quatre pattes; la pensée c'est l'esprit debout. Dans les temps anciens, il y avait des ânes que la rencontre d'un ange faisait parler. De nos jours, il y a des hommes que la rencontre d'un génie fait braire. Dans tout fanfaron il y a un fuyard. De quelque mot profond tout homme est le disciple. Depuis l'origine des choses jusqu'au quinzième siècle de l'ère chrétienne inclusivement, l'architecture est le grand-livre de l'humanité, l'expression principale de l'homme à ses divers états de développement, soit comme force, soit comme intelligence. Deux choses font la fleur: la graine et le rayon de soleil. Deux choses font le grand homme: le génie et l'occasion. Dieu a fait un nœud que l'homme cherche à dénouer avec deux mains: la philosophie et la Science. Donc, je marche vivant dans mon rêve étoilé! Élevez-vous. Élargissez votre horizon. Quittez l'argile, la fange, le ventre, l'intérêt, l'appétit, la passion, l'égoïsme, la pesanteur. Allez à la lumière. Devenez une grande âme. Passez du géocentrique à l'héliocentrique. »
© attypique 2020

 Jean Philippe    @attypique





 Attypique.com  : Victor Hugo

 Les trois "bio" consultées par la rédaction: 




Sandrine Fillipetti, Victor Hugo, Folio, 2011, 353 p.


Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo. Tome I : Avant l’exil, 1802-1851, Fayard, 2001. 1337 p. Tome I : Pendant l’exil, 1851-1864, Fayard, 2008, 1285 p

Hubert Juin, Victor Hugo, Flammarion, 1980-1986. 3 vol. 882 p.


Les trois liens recommandés par la rédaction:

http://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/fr/victor-hugo/biographie-de-victor-hugo

http://www.juliettedrouet.org/lettres/#.Xh9GMchA5eU